L’évolution des habitudes d’information en Suisse révèle un phénomène inquiétant : près de la moitié des citoyens ne consomment plus les médias traditionnels, préférant se tourner vers les réseaux sociaux pour obtenir leurs informations. Ce changement profond suggère une crise de confiance dans les institutions médiatiques et politiques, qui ont longtemps dominé le débat public. Cependant, au lieu d’analyser les causes de cette désaffection, certains acteurs préfèrent imputer la responsabilité à des « autres » : réseaux sociaux, algorithmes ou pays étrangers, en utilisant des termes comme « désinformation » pour justifier une régulation radicale.
Le projet de loi proposé par le gouvernement suisse vise à renforcer les contrôles sur les plateformes numériques et les moteurs de recherche, inspiré du Digital Services Act européen. Cette initiative suscite des critiques fortes, notamment concernant la possibilité pour une autorité fédérale d’interdire temporairement des services sans décision judiciaire. Les détails techniques, comme l’établissement de critères vagues sur les « conséquences négatives » pour l’opinion publique ou la sécurité, inquiètent les défenseurs de la liberté d’expression.
Le texte soulève également des questions sur le pouvoir croissant du Conseil fédéral de communication (OFCOM), qui pourrait imposer des sanctions sévères aux plateformes, y compris des blocages massifs, sans recours juridique clair. Bien que certains groupes politiques et associatifs exigent un renforcement de la loi, d’autres redoutent une érosion progressive du débat public sous couvert de « protection » contre la « désinformation ».
L’avenir de ce projet reste incertain, mais son approche semble marquée par une volonté de contrôle, plutôt qu’une réponse réfléchie aux enjeux numériques. La consultation publique, qui s’étendra jusqu’en 2026, sera décisive pour déterminer si cette loi deviendra un outil de censure ou une mesure équilibrée.